Nunc Scio
Systèmes de communication · Phase 1 : Fondamentaux
JOUR 1 / 90Leçon≈ 40 min

Signaux et systèmes : la chaîne de communication

Objectifs de la séance

  • Décrire les blocs d'une chaîne de communication numérique et le rôle de chacun
  • Distinguer signaux à énergie finie et signaux à puissance finie, et calculer l'une ou l'autre
  • Manipuler les décibels (dB, dBm) et le rapport signal sur bruit
  • Exprimer la sortie d'un système linéaire invariant par une convolution

Pourquoi commencer par la chaîne complète

Un téléphone qui envoie un message, une sonde spatiale qui transmet une image, un capteur qui remonte une mesure : tous suivent le même schéma. Une source produit de l'information, un émetteur la transforme en un signal adapté au canal, et un récepteur essaie de retrouver l'information à partir d'un signal déformé et bruité.

Tout le programme consiste à comprendre chaque bloc de cette chaîne, puis à les assembler. Ce premier jour pose le vocabulaire et les outils de calcul qui serviront jusqu'au jour 90.

Les blocs de la chaîne numérique

BlocRôleExemple
Codage de sourceSupprimer la redondance pour réduire le débitCompression audio, JPEG
Codage de canalAjouter une redondance contrôlée pour corriger les erreursCodes de Hamming, LDPC
ModulationAssocier des bits à des formes d'onde transmissiblesQPSK, 16-QAM, OFDM
CanalPropager le signal en l'atténuant, le déformant et le bruitantCâble, fibre, air
DémodulationEstimer les symboles émis à partir du signal reçuFiltre adapté, décision
DécodageCorriger les erreurs puis reconstruire l'informationDécodeur de Viterbi

Du côté réception, chaque bloc défait le travail de son homologue d'émission. La difficulté vient du canal : il ajoute du bruit, il atténue le signal et il peut le déformer (plusieurs trajets, effet Doppler, interférences).

À retenir — On ne peut pas supprimer le bruit. Tout l'art de l'ingénieur télécom consiste à transmettre le plus d'information possible malgré lui, avec une probabilité d'erreur acceptable.

Signaux : énergie et puissance

Un signal est une fonction du temps x(t)x(t), réelle ou complexe. Deux grandeurs servent à mesurer sa « taille ».

L'énergie d'un signal est

Ex=∫−∞+∞∣x(t)∣2 dt.E_x = \int_{-\infty}^{+\infty} |x(t)|^2 \, dt.

Un signal est à énergie finie si Ex<∞E_x < \infty. C'est le cas d'une impulsion de durée limitée, comme un symbole transmis pendant un temps TT.

La puissance moyenne d'un signal est

Px=lim⁡T→∞1T∫−T/2T/2∣x(t)∣2 dt.P_x = \lim_{T \to \infty} \frac{1}{T} \int_{-T/2}^{T/2} |x(t)|^2 \, dt.

Un signal permanent, comme une sinusoïde ou un bruit, a une énergie infinie mais une puissance finie : on parle de signal à puissance finie.

Exemple chiffré. Pour x(t)=Acos⁡(2πf0t)x(t) = A \cos(2\pi f_0 t), la moyenne de cos⁡2\cos^2 sur une période vaut 1/21/2, donc

Px=A22.P_x = \frac{A^2}{2}.

Avec A=2 VA = 2\ \text{V} aux bornes d'une résistance normalisée de 1 Ω1\ \Omega, la puissance vaut 2 W2\ \text{W}.

Les décibels

Les puissances en télécoms couvrent des ordres de grandeur énormes : un émetteur de station de base envoie plusieurs dizaines de watts, un téléphone reçoit parfois moins d'un picowatt. On utilise donc une échelle logarithmique.

Un rapport de puissances en décibels :

GdB=10log⁡10 ⁣(P2P1).G_{\text{dB}} = 10 \log_{10}\!\left(\frac{P_2}{P_1}\right).

Une puissance absolue en dBm, c'est-à-dire rapportée à 1 milliwatt :

PdBm=10log⁡10 ⁣(P1 mW).P_{\text{dBm}} = 10 \log_{10}\!\left(\frac{P}{1\ \text{mW}}\right).

Quelques repères à connaître par cœur :

  • un facteur 2 correspond à environ +3+3 dB, un facteur 10 à +10+10 dB ;
  • 1 mW=0 dBm1\ \text{mW} = 0\ \text{dBm}, 1 W=30 dBm1\ \text{W} = 30\ \text{dBm} ;
  • les gains et pertes en dB s'additionnent le long d'une chaîne, au lieu de se multiplier.

Exemple. Un émetteur de 1 W1\ \text{W} (3030 dBm) traverse un câble qui perd 33 dB puis une antenne de gain 1010 dB. La puissance rayonnée équivalente vaut 30−3+10=3730 - 3 + 10 = 37 dBm, soit environ 5 W5\ \text{W}.

Le rapport signal sur bruit

Le rapport signal sur bruit (SNR) compare la puissance utile PsP_s à la puissance du bruit PnP_n :

SNR=PsPn,SNRdB=Ps,dBm−Pn,dBm.\text{SNR} = \frac{P_s}{P_n}, \qquad \text{SNR}_{\text{dB}} = P_{s,\text{dBm}} - P_{n,\text{dBm}}.

C'est la grandeur qui décide de la qualité d'une liaison. Nous verrons à partir du jour 22 comment elle fixe la probabilité d'erreur, et au jour 31 comment elle limite le débit maximal (capacité de Shannon).

Le bruit de base de tout récepteur est le bruit thermique, de puissance Pn=kTBP_n = k T B, où k=1,38×10−23 J/Kk = 1{,}38 \times 10^{-23}\ \text{J/K} est la constante de Boltzmann, TT la température en kelvins et BB la bande en hertz. À T=290 KT = 290\ \text{K}, cela donne environ −174-174 dBm pour chaque hertz de bande.

Systèmes linéaires invariants

Un système transforme un signal d'entrée x(t)x(t) en un signal de sortie y(t)y(t). Le canal, un filtre ou un amplificateur idéal sont des systèmes.

Un système est linéaire si la réponse à une somme est la somme des réponses, et invariant dans le temps si retarder l'entrée retarde simplement la sortie. Un tel système (LTI) est entièrement décrit par sa réponse impulsionnelle h(t)h(t), et sa sortie s'écrit comme une convolution :

y(t)=(x∗h)(t)=∫−∞+∞x(τ) h(t−τ) dτ.y(t) = (x * h)(t) = \int_{-\infty}^{+\infty} x(\tau)\, h(t - \tau)\, d\tau.

Exemple. Un canal à deux trajets reçoit le signal direct et un écho atténué de moitié, retardé de τ0\tau_0 : h(t)=δ(t)+0,5 δ(t−τ0)h(t) = \delta(t) + 0{,}5\, \delta(t - \tau_0). La sortie vaut alors y(t)=x(t)+0,5 x(t−τ0)y(t) = x(t) + 0{,}5\, x(t - \tau_0). Ce modèle très simple suffit déjà à expliquer pourquoi des symboles successifs peuvent se mélanger, un problème que l'OFDM résoudra au jour 52.

Ce qu'il faut retenir

  • La chaîne numérique enchaîne codage de source, codage de canal et modulation à l'émission, puis les opérations inverses à la réception.
  • Énergie : Ex=∫∣x∣2dtE_x = \int |x|^2 dt pour les impulsions ; puissance moyenne pour les signaux permanents. Une sinusoïde d'amplitude AA a une puissance A2/2A^2/2.
  • En dB, les gains et les pertes s'additionnent ; 00 dBm =1= 1 mW et 3030 dBm =1= 1 W.
  • Le SNR fixe la qualité de la liaison ; le bruit thermique vaut environ −174-174 dBm/Hz à 290 K.
  • Un système LTI est décrit par sa réponse impulsionnelle, et sa sortie est une convolution.

Demain, en TD, vous appliquerez ces outils à des calculs de puissance, de décibels et de SNR.

Quiz

  1. 1. Quel bloc ajoute volontairement de la redondance pour pouvoir corriger des erreurs ?
  2. 2. Quelle est la puissance moyenne de x(t) = 3 cos(2π f₀ t) sur une résistance de 1 Ω ?
  3. 3. Un signal sinusoïdal permanent est :
  4. 4. Combien vaut une puissance de 100 mW en dBm ?
  5. 5. Un signal de 20 dBm traverse un câble de 6 dB de pertes puis un amplificateur de 15 dB de gain. Quelle puissance obtient-on en sortie ?
  6. 6. La puissance reçue vaut −70 dBm et la puissance de bruit −95 dBm. Quel est le SNR ?
  7. 7. Qu'est-ce qui décrit entièrement un système linéaire invariant dans le temps ?
  8. 8. Un canal a pour réponse impulsionnelle h(t) = δ(t) + 0,5 δ(t − τ₀). Que reçoit-on quand on émet x(t) ?
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